Jérémy Pellerin, psychologue clinicien et auteur du Psychologue artificiel
« Je commence par l’étudier. Ensuite seulement, je me fais un avis. Pas l’inverse. » — Un clinicien d’orientation psychodynamique enquête sur les IA thérapeutes, et sur ce qu’elles révèlent de la psychothérapie.
Jérémy Pellerin est psychologue clinicien, de formation psychanalytique, et l’auteur de Le psychologue artificiel. Les IA thérapeutes et les soins psychiques (Éditions d’Ithaque, 2026). Il raconte comment un frère ingénieur, une voix artificielle au téléphone et l’agacement devant des collègues psychologues qui rejetaient l’IA sans l’avoir essayée l’ont conduit à écrire sur les IA thérapeutes, et ce que cette enquête lui a appris sur la psychothérapie elle-même.
Né à Paris en 2001, Jérémy Pellerin s’est formé à la clinique dans des lieux marqués par la psychanalyse : le centre Kirikou, l’Institut hospitalier de psychanalyse de Sainte-Anne, le CATTP Jeune Enfance du même hôpital, puis le Centre hospitalier intercommunal de Créteil, auprès de parents et de leurs bébés. Il a ensuite exercé deux ans en consultation 0-6 ans et au sein d’une équipe mobile de périnatalité et de pédopsychiatrie à l’hôpital NOVO, dans le Val-d’Oise. Depuis septembre 2026, il est psychologue en maternité aux Hôpitaux du Léman, à Thonon-les-Bains, et reçoit en libéral des enfants, des adolescents et des adultes.
Son livre, paru en septembre 2026, part d’un constat simple : un nombre croissant de personnes parlent à des IA comme à des interlocuteurs, parfois comme à des thérapeutes de circonstance, et une partie de la profession répond par un rejet de principe. Jérémy a choisi une autre voie, qu’il résume d’une phrase : « Je commence par l’étudier. Ensuite seulement, je me fais un avis. Pas l’inverse. »
Ce témoignage est celui d’un clinicien d’orientation psychodynamique, là où la plupart des praticiens qui s’intéressent aujourd’hui à l’IA viennent des thérapies cognitives et comportementales. Il ne défend pas l’idée que l’IA remplacera le psychologue. Il défend l’idée qu’on ne peut pas en juger sans l’avoir regardée de près.
« Pourquoi, comment ça ? » : un frère ingénieur comme superviseur inattendu
Tout commence par une plaisanterie de famille. Le frère de Jérémy, d’un an son aîné, se tourne vers la programmation et le machine learning au moment où les premiers grands modèles de langage font irruption dans le débat public. Entre eux, les vannes fusent : lequel des deux sera remplacé en premier ? Jérémy commence par dérouler l’argumentaire attendu, celui de « la relation humaine », qu’il qualifie aujourd’hui de « défenses primaires ». Son frère lui répond en lui montrant ce qui se fait.
Ce qui aurait pu rester une joute devient un exercice clinique. Face à un ingénieur, chaque affirmation doit être justifiée.
« Ce travail m’obligeait à être très précis sur ce que nous faisons en tant que psychologues : ce que nous observons, ce que nous analysons, la manière dont nous intervenons auprès du patient et ce qui se joue au cours d’une séance. Mon frère étant ingénieur, il me demandait constamment : “Pourquoi vous faites cela ? Comment cela fonctionne-t-il ?” J’étais donc amené à expliciter très précisément des éléments qui, dans notre pratique, peuvent parfois rester implicites. C’était particulièrement vrai concernant les approches psychanalytiques, dont certains concepts peuvent paraître assez mystérieux lorsqu’on n’y est pas familier. »
Le bénéfice est inattendu : la conversation sur l’IA devient une occasion d’expliciter sa propre pratique. « Bien qu’on ne le soit jamais à 100 %, ça m’a permis de vraiment être solide par rapport à ma pratique. » L’IA n’est pas encore un outil pour Jérémy ; elle est déjà un révélateur de ce qu’il fait, et de ce qu’il a du mal à dire.
Au téléphone avec une voix qui n’existe pas
Comme beaucoup, Jérémy utilise d’abord ChatGPT pour des mails ou des recettes. Le déclic vient d’ailleurs : de l’IA vocale. Son frère lui fait découvrir Hume AI, une entreprise qui développe des voix artificielles fondées sur des LLM et attentives aux tonalités émotionnelles. « Je suis allé sur leur site et j’ai été vraiment choqué de la pertinence des voix, des tonalités émotionnelles. »
Jérémy écrit alors, « au culot », au sujet de REAM, une application vocale qui s’appuie sur cette technologie. Il se retrouve intégré à la boucle des développeurs, puis passe près de deux heures en visio avec son concepteur, que l’approche psychodynamique intéresse. Ensemble, ils explorent des pistes pour pallier ce qui reste, selon Jérémy, le principal défaut des LLM : l’adaptation relationnelle. Certaines idées sont appliquées, comme le choix préalable de personnalités et de façons de parler, d’autres demanderont plus de temps.
Surtout, Jérémy fait l’expérience directe de la conversation. Il appelle REAM, raconte sa journée, se prête au jeu.
« Ce qui est difficile à restituer dans le livre, c’est précisément l’expérience elle-même. À l’écrit, on en perd forcément une partie. Mais lorsqu’on échange avec une IA au téléphone et qu’on accepte réellement de se prêter au jeu, parce qu’il le faut, il est difficile de ne pas être impressionné par ce que cette technologie produit, à part si tu es de mauvaise foi. On parle quand même à quelqu’un qui n’existe pas, qui génère ses réponses. C’est comme le début du téléphone portable, c’est subjuguant. »
« Quelqu’un qui n’existe pas » : la formule est un oxymore, et Jérémy le reconnaît volontiers. « On manque de mots, finalement. » C’est ce manque de mots qui va nourrir le livre.
Écrire pour répondre aux refus sans examen
Le projet naît d’une irritation. Sur LinkedIn, Jérémy voit des collègues, parfois expérimentés, souvent issus de la psychanalyse, écarter l’IA sans l’avoir essayée. « Sans argument, sans vraiment connaître, sans avoir même essayé une application, ne serait-ce que pour une recette de cuisine. » Il envisage d’abord un article ; la réflexion prend de l’ampleur et devient un livre.
Le psychologue artificiel. Les IA thérapeutes et les soins psychiques
Jérémy Pellerin, Éditions d’Ithaque, 2026. Voir la fiche du livre chez l’éditeur
Le choix de méthode est clinique : plutôt que de discuter l’IA en général, Jérémy construit des scénarios concrets, des dialogues entre des patients fictifs et des agents conversationnels comme Wysa, Therabot ou REAM, qu’il commente ensuite. Il insiste sur leur statut : ces patients sont inventés, « inspirés de situations réelles », et l’IA n’y dispose que d’une description de cas, sans la mémoire d’échanges antérieurs. « On perçoit déjà toute sa puissance, mais sans pouvoir encore mesurer ce que produirait une véritable mémoire des interactions, puisque celles-ci n’ont pas encore pu avoir lieu en écrivant ce livre. »
Il souhaite que le livre soit discuté plutôt qu’approuvé : « Les interprétations et l’analyse que je propose, c’est mon point de vue. C’est aussi pour cette raison que j’aimerais que ce livre soit largement lu, discuté, et que chacun puisse se permettre de confronter son propre point de vue aux dialogues qui y sont présentés. » Et il assume de s’adresser d’abord à son propre champ : la plupart des travaux sur l’IA en psychothérapie viennent des TCC, « parce que c’est plus simple pour l’instant de se baser sur des protocoles ». Il voulait « soulever cette question dans mon propre champ, afin de nous inviter à davantage d’humilité quant à nos pratiques et à ce que nous pensons réellement produire dans le soin ».
« Algothérapeutique » : nommer un effet qu’on ne veut pas analyser
Parmi les apports du livre, il y a un mot : algothérapeutique. Jérémy l’a forgé parce qu’aucun terme ne désignait ce qu’il observait.
« Je devais créer quelque chose, parce que c’est nouveau ; parce que nous sommes face à un phénomène encore peu exploré, parfois même tabou. Pourtant, ces usages produisent bel et bien des effets, quels qu’ils soient. Certains peuvent avoir une portée thérapeutique ; il me semble donc important de pouvoir les nommer et les interroger. »
Le néologisme déplace la question. Il ne s’agit plus de savoir si l’IA « est » thérapeute, ce qui engage des débats sans fin sur la conscience ou l’intériorité, mais de reconnaître qu’un dispositif algorithmique peut produire des effets thérapeutiques, et donc qu’il faut les étudier. Jérémy s’appuie sur une comparaison qu’il avait développée dans un premier manuscrit, avant de la retirer faute de maîtriser tous ses enjeux philosophiques : celle des animaux thérapeutes.
« On ne va jamais attribuer à un animal les critiques qu’on fait à l’IA, alors qu’ils peuvent être thérapeutiques à leur manière. C’est qu’à l’instar de l’animal, je ne vois pas pourquoi on ne devrait pas attribuer des choses thérapeutiques à l’IA. » Nul ne conteste qu’un chien puisse apaiser un enfant anxieux, sans exiger de lui une théorie de l’esprit. Pourquoi l’IA serait-elle soumise à une autre exigence ? La question rejoint ce que ce site décrit comme le double standard épistémique, que Roman Malo développe dans son propre témoignage.
Nommer l’effet n’est pas l’approuver. Jérémy ne se contente pas de relever les effets positifs : il cherche aussi ce qui dysfonctionne, et ce qu’il faudrait programmer autrement. « Il y a des choses qui ne marchent pas, il y a des effets négatifs, mais qu’est-ce qu’on peut programmer pour sortir de ces méfaits ? »
Au quotidien : un avis « à froid », des roues des émotions, des médiations sur mesure
Dans sa pratique, Jérémy utilise l’IA pour des tâches précises, qu’il qualifie lui-même de « plus cognitives ». Pour préparer des bilans, il décrit le profil de l’enfant, formule ses propres hypothèses, puis demande un avis contradictoire.
« J’avais mes idées de ce que j’allais faire, et je lui demandais ce qu’il en pensait de manière froide, pour qu’il arrête d’être complaisant avec moi. Et parfois, ça me donne des petites idées en plus. »
L’outil l’aide aussi à rédiger les parties répétitives des comptes rendus, pour garder son temps pour l’analyse, « ce que tu aimes dans le métier ». En consultation 0-6 ans, il s’en sert pour générer des supports visuels à la demande de ses collègues, comme des roues des émotions, là où la recherche d’une image satisfaisante sur internet prenait du temps. Et, de son propre aveu peu créatif, il l’utilise pour concevoir des médiations : des jeux et des scénarios thérapeutiques adaptés à des enfants, dont un projet de médiation autour du jeu d’échecs pour les plus petits.
« Je lui présentais les cas que j’avais, et ensemble on créait les scénarios qui pouvaient aider l’enfant à sortir de ses patterns. Et ça marchait bien. » L’exemple contredit un lieu commun : l’IA qui « ne fait que recombiner » produit ici du sur-mesure. Jérémy rappelle d’ailleurs que l’imagination humaine procède elle aussi par fusion : « La chimère, c’est une fusion d’animaux. »
Les limites sont nettes. Avec les mères et les bébés de la maternité, il n’a pas trouvé d’usage : « C’est une autre chimie. » Il n’utilise pas non plus l’IA comme thérapeute pour lui-même, parce que le ton des agents actuels le gêne : « Même les thérapeutes artificiels spécialisés me mettent mal à l’aise par leur manière de s’adresser à l’utilisateur, ils me donnent des frissons. Le ton employé peut être excessivement infantilisant. » Et sa supervision reste humaine.
Faut-il dire que c’est une IA ?
Jérémy aimerait voir se constituer, en France, une base de données d’enregistrements de séances, sur le modèle des travaux suisses sur la consultation thérapeutique parents-bébé, qui analysent chaque entretien jusqu’à la prosodie et au choix des mots. Il en voit aussitôt la difficulté : un patient qui se sait enregistré se comporte-t-il de la même façon ?
La même question traverse son livre à propos de l’IA. Que se passe-t-il si l’on ne dit pas à une personne qu’elle parle à une IA, et que l’effet est alors plus fort ? Jérémy ne tranche pas, et le dit sans détour :
« C’est une question à laquelle je n’arrive jamais à répondre. D’un point de vue scientifique, il est logiquement mieux que la personne ne soit pas informée, notamment pour éviter certains biais. Mais d’un point de vue humain et éthique, cela soulève évidemment une difficulté. »
Au cours de l’échange, une autre lecture se dessine : ce ne serait pas tant le fait de savoir qui modifie l’effet que ce que l’on associe à l’IA. Si la mention « IA » diminue la valeur perçue d’une réponse, c’est peut-être la représentation, et le stigmate qui l’accompagne, qu’il faudrait étudier. Une question de recherche plutôt qu’un dilemme figé, que nous prolongeons dans la mise en perspective.
Le psychologue artificiel comme laboratoire
Le titre du livre annonce un projet. À la fin de l’ouvrage, Jérémy esquisse le plan d’un psychologue artificiel, « comme une carte, avec les pièces ». Son intérêt n’est pas de remplacer les cliniciens, mais de disposer d’un dispositif expérimental.
« Si l’on parvenait à concevoir un psychologue artificiel dont on puisse retirer progressivement certains paramètres, cela permettrait d’en mesurer plus précisément la portée dans le soin et de déterminer lesquels sont réellement significatifs. On sortirait ainsi d’une forme d’intuition parfois un peu arbitraire, qui consiste à affirmer que tel ou tel élément est essentiel sans toujours savoir exactement dans quelle mesure il l’est. »
L’image qu’il mobilise vient de la neurologie : comme on soustrait des images cérébrales pour isoler les aires activées par une tâche, on pourrait soustraire, un à un, les ingrédients d’un soin, la voix, le ton, la mémoire, les formulations, pour voir ce qui est réellement thérapeutique. La question de l’affect n’est pas évacuée : une machine n’éprouve rien, mais peut-elle produire un équivalent fonctionnel de l’émotion ? « Ce sont des débats infinis », reconnaît-il.
On peut objecter que les ingrédients du soin interagissent au point de ne plus pouvoir être isolés. Jérémy l’admet, et y voit justement une raison d’essayer : « Même en isolant certains paramètres, on pourra précisément repérer les endroits où quelque chose cesse de fonctionner. Cela permettra aussi de constater que certains effets ne tiennent peut-être pas à un élément isolé, mais à la manière dont plusieurs dimensions s’articulent entre elles. » Ce qui le guide, c’est la curiosité, « la pulsion de savoir, c’est vraiment la base des bases ».
« Moi-même, je me défends »
Le moment le plus singulier de l’entretien est un moment d’autocorrection. Jérémy vient d’esquisser un partage des tâches : laisser à l’IA les « petits tracas du quotidien », et garder pour le psychologue le travail profond et les situations complexes. Quelques minutes plus tard, il revient sur sa propre proposition.
« Tu vois, là, ce que je viens de te dire : “pour l’instant, on laisserait à l’IA ce qu’elle sait faire, c’est-à-dire les situations les plus simples.” Mais cette manière de formuler les choses constitue déjà une forme de défense. Même moi, qui ai consacré un livre à cette question, mon premier réflexe reste de lui attribuer les tâches les plus simples, alors qu’elle est probablement déjà capable de faire certaines choses mieux que moi. C’est aussi pour cela que je ne peux pas vraiment en vouloir à mes collègues lorsqu’ils abordent ces outils avec des préjugés. »
La scène renverse le partage habituel entre les « convaincus » et les « réfractaires ». Les mouvements défensifs face à l’IA ne sont pas réservés à ceux qui la rejettent : ils se logent aussi chez ceux qui l’étudient, sous la forme d’une hiérarchie spontanée des tâches, les simples pour la machine, les nobles pour l’humain. Le repérer chez soi est, pour un clinicien, le premier pas pour ne pas l’imposer aux autres.
Jérémy relie cette lucidité à une humilité qu’il revendique comme point de départ : « J’ai toujours essayé de rester humble quant à ma propre pratique. Je sais qu’il existe des cliniciens plus expérimentés ou plus compétents que moi dans certains domaines, et je sais aussi que je ne maîtrise pas tout. Je n’ai pas de problème avec ça. » Face à une machine qui mobilise instantanément des connaissances qu’il n’a pas, « rentrer en guéguerre d’ego » ne l’intéresse pas.
La machine comme miroir : nous aussi, nous sommes robotiques
Poussé par son éditeur à assumer ce point, Jérémy consacre une partie de sa réflexion à un retournement : si l’on reproche à l’IA d’être mécanique, qu’en est-il de nous ?
« L’un des enjeux est aussi de montrer que nous pouvons, nous aussi, avoir quelque chose de “robotique” dans notre manière d’être. Nous avons des habitudes, des automatismes, souvent inconscients, dont nous ne nous rendons pas toujours compte. Certaines expressions faciales ou certaines réactions se répètent malgré nous. C’est assez intéressant, finalement, parce que la machine devient aussi un moyen de nous observer nous-mêmes et d’interroger notre propre fonctionnement. »
Pour un psychologue, l’image est familière : elle ressemble à ce que produit la supervision, un regard extérieur qui rend visibles nos automatismes. L’IA, dit Jérémy, peut jouer ce rôle à l’échelle d’une profession, à condition d’accepter l’image qu’elle renvoie.
Cette idée d’un effet miroir rejoint la série Le miroir de la machine, publiée sur le site Intelligences plurielles, et en particulier son deuxième volet, « L’IA n’est pas une conscience, c’est un miroir » : ce que nos réactions à l’IA disent de la façon dont nous nous représentons nous-mêmes.
Ce que ce témoignage nous apprend
Quatre idées, au moins, méritent d’être retenues.
1
Nommer un effet avant de le juger
Le terme « algothérapeutique » ne dit pas que l’IA soigne : il donne un nom à des effets que l’on observe, pour pouvoir les étudier au lieu de les disqualifier.
2
La défense se loge aussi chez les convaincus
Réserver spontanément à l’IA « les situations les plus simples » est déjà un mouvement défensif. Jérémy le repère chez lui-même, ce qui l’empêche de le reprocher aux autres.
3
L’IA oblige à expliciter la clinique
Qu’il s’agisse de répondre aux « pourquoi, comment ça ? » d’un ingénieur ou d’imaginer un psychologue artificiel par soustraction, l’IA pousse à dire précisément ce qui, dans le soin, fait effet.
4
Des usages cognitifs plutôt que relationnels, pour l’instant
Avis contradictoire, rédaction, supports visuels, médiations sur mesure : les usages que Jérémy décrit restent du côté de la préparation et de la création, et il les distingue nettement de la relation thérapeutique.
En résumé
Le témoignage de Jérémy Pellerin est celui d’un clinicien qui a choisi d’enquêter plutôt que de conclure. Sa formation psychanalytique ne l’a pas conduit au rejet : elle lui fournit au contraire des outils pour penser ce qui se joue dans la relation à une voix artificielle, et pour repérer les défenses que cette relation suscite, y compris chez lui.
La question n’est pas « l’IA est-elle thérapeute ? » mais : quels effets produit-elle, chez qui, à quelles conditions, et qu’est-ce que ces effets nous apprennent sur ce qui soigne ?
Témoignage recueilli le 22 septembre 2026 lors d’un entretien en visioconférence. Jérémy Pellerin a relu et validé ce texte.
Extraits d’un entretien de 67 minutes en visioconférence, le 22 septembre 2026. Intervenants : Matthieu Ferry [MF], intervieweur, et Jérémy Pellerin [JP]. Version remaniée : propos reformulés pour la lisibilité, artéfacts oraux retirés, regroupements thématiques. Les interventions de l’intervieweur sont réduites aux questions et relances.
Présentation et parcours
[MF] : Tu exerces où, et c’est quoi ton public, finalement ?
[JP] : J’ai fait deux ans de consultation 0-6 ans, pour les enfants, les bébés et les femmes enceintes. Pendant un an, en parallèle, je faisais du libéral, tout-venant : surtout des ados, des enfants, des adultes. La périnatalité, c’était vraiment l’hôpital. Et là, j’ai déménagé à Thonon-les-Bains, en Haute-Savoie, et je suis en maternité. Donc je reçois ce qui est lié à la périnatalité, la relation mère-bébé. Et je fais toujours du libéral.
[MF] : Donc tu es en périnatalité, en maternité ?
[JP] : Oui, c’est ça. En maternité, à l’hôpital.
La genèse du livre
[MF] : Merci de m’avoir envoyé ton livre. J’en suis aux scénarios cliniques, avec Wysa, Therabot et REAM. J’aime bien qu’on soit dans la matière clinique, dans le concret.
[JP] : Les interprétations et l’analyse que je propose, c’est mon point de vue. C’est aussi pour cette raison que j’aimerais que ce livre soit largement lu, discuté, et que chacun puisse se permettre de confronter son propre point de vue aux dialogues qui y sont présentés. Moi, j’ai mon avis, mais bon. Ça a été dur à faire, parce que ce ne sont pas de vrais patients : c’est inspiré de situations réelles.
[JP] : Et il y a un biais : l’IA n’a pas accès à la mémoire des conversations anciennes, c’est du one-shot. Elle a juste le pattern du cas que j’ai décrit, qui est inventé. On perçoit déjà toute sa puissance, mais sans pouvoir encore mesurer ce que produirait une véritable mémoire des interactions, puisque celles-ci n’ont pas encore pu avoir lieu en écrivant ce livre. Je ne l’ai peut-être pas précisé assez clairement.
[MF] : Qu’est-ce qui t’a amené à écrire ce livre ?
[JP] : Mon frère est ingénieur dans ce domaine. On rigolait sur le fait que je serais remplacé un jour. Et je voyais sur LinkedIn plein de gens, même des superviseurs, des psychanalystes surtout, qui réfutaient l’IA sans argument, sans vraiment connaître, sans avoir même essayé une application pour une recette de cuisine. Ça m’énervait. J’ai voulu écrire un article à la base, mais ça a pris tellement d’ampleur au niveau des réflexions que j’en ai fait un livre. C’était surtout pour répondre à ces psychologues.
[MF] : Ce que j’apprécie, c’est que tu te places dans le champ psychodynamique, avec les questions du transfert et du contre-transfert. Mes interlocuteurs sont plutôt TCC.
[JP] : C’est ce que je voulais faire. Il y a beaucoup de TCC, parce que je pense que c’est plus simple pour l’instant de se baser sur des protocoles. C’est plus clair. Mais comme il n’y avait rien dans ma discipline sur l’IA, je me suis dit pourquoi pas. C’est aussi pour soulever cette question dans mon propre champ, afin de nous inviter à davantage d’humilité quant à nos pratiques et à ce que nous pensons réellement produire dans le soin. J’espère que ça va faire un peu bouger les choses.
[JP] : Je pense que ce qu’il y a sur le marché, sur l’IA et la psychologie, c’est parcellaire, pas assez précis. J’espère qu’il y aura de la précision avec mon livre. C’est mon but.
Un frère ingénieur
[MF] : Comment es-tu tombé sur l’IA, et quelles ont été tes premières expériences ?
[JP] : Mon frère a un an d’écart avec moi. Il y a eu le boom de l’IA, GPT-3 qui était révolutionnaire, et en parallèle mon frère se tournait vers la programmation et le machine learning. Donc on pouvait discuter de ça. On se lançait des vannes sur qui serait remplacé en premier. Au début, je disais : non, c’est impossible. Je lui déroulais tout le narratif, les défenses primaires qu’on a : oui, mais non, la relation humaine, tout ça. Il me répondait : regarde ce qui se fait.
[JP] : Ça nous faisait cogiter. Ce travail m’obligeait à être très précis sur ce que nous faisons en tant que psychologues : ce que nous observons, ce que nous analysons, la manière dont nous intervenons auprès du patient et ce qui se joue au cours d’une séance. Mon frère étant ingénieur, il me demandait constamment : “Pourquoi vous faites cela ? Comment cela fonctionne-t-il ?” J’étais donc amené à expliciter très précisément des éléments qui, dans notre pratique, peuvent parfois rester implicites. C’était particulièrement vrai concernant les approches psychanalytiques, dont certains concepts peuvent paraître assez mystérieux lorsqu’on n’y est pas familier. Bien qu’on ne le soit jamais à 100 %, ça m’a permis de vraiment être solide par rapport à ma pratique.
[JP] : Moi, j’avais le fantasme, comme en neuropsychologie avec la boîte noire, qu’en recréant ce que l’humain fait, on pourrait enfin voir ce que c’est. Et mon frère m’a dit : en fait, non, on ne comprend pas. On apprend des choses, mais il y a aussi une boîte noire. C’est très obscur pour le public, il faut l’étudier pour savoir. C’est pour ça que je n’en veux pas à ceux qui ne savent pas.
L’IA vocale : Hume AI et REAM
[JP] : J’utilisais ChatGPT un peu comme tout le monde, pour des mails, des recettes. Ce qui a vraiment tout déclenché, c’est Hume AI, tout ce qui est IA vocale basée sur des LLM. Je suis allé sur leur site et j’ai été vraiment choqué de la pertinence des voix, des tonalités émotionnelles. J’ai envoyé un mail au sujet de REAM, et ils m’ont mis dans la boucle développeurs. On a passé une heure et demie, deux heures en visio avec le concepteur. Tout de suite, des pistes de collaboration : il était vraiment intéressé par l’aspect psychanalyse, psychodynamique.
[JP] : On est tout de suite rentrés dans : comment améliorer REAM pour pallier ces défauts encore actuels des LLM, qui sont de l’ordre de l’adaptation relationnelle. Il a appliqué certaines choses. Par exemple, ce n’est pas dynamique dans l’entretien, mais on peut sélectionner des personnalités, des façons de parler. Le reste, c’est difficile, ça prend du temps. Et de là, j’avais vraiment de la matière pour travailler. J’ai écrit les premiers manuscrits, puis j’ai contacté l’éditeur.
[MF] : Et tu collabores encore avec lui ?
[JP] : J’y étais allé au culot, en envoyant un mail, et il a répondu tout de suite, très engagé. Aujourd’hui, il a beaucoup de travail : c’est une startup, et il est seul dessus. Mais on va continuer à s’appeler de temps en temps pour faire des mises à jour, peut-être deux fois par an, en fonction de l’avancée et des retours de ses utilisateurs.
[JP] : Moi, j’ai eu REAM au téléphone. Comme je ne suis pas patient, je n’avais pas de souci particulier, mais je suis quand même rentré dans le jeu, je lui ai raconté ma journée. Ce qui est difficile à restituer dans le livre, c’est précisément l’expérience elle-même. À l’écrit, on en perd forcément une partie. Mais lorsqu’on échange avec une IA au téléphone et qu’on accepte réellement de se prêter au jeu, parce qu’il le faut, il est difficile de ne pas être impressionné par ce que cette technologie produit, à part si tu es de mauvaise foi. On parle quand même à quelqu’un qui n’existe pas, qui génère ses réponses. C’est comme le début du téléphone portable, c’est subjuguant.
[MF] : Ta formule est intéressante : « quelqu’un qui n’existe pas », c’est un oxymore.
[JP] : Et tu vois, on manque de mots, finalement.
Étudier avant de conclure
[JP] : Au sein même de l’intelligence artificielle, il y a deux camps, sur la dangerosité ou non. Mon frère est plutôt dans un esprit ouvert : c’est beaucoup d’angoisse pour rien, des spéculations. Ce qui est bien, c’est qu’on ne se fige pas à angoisser pour des choses qu’on n’a pas encore étudiées. Je commence par l’étudier. Ensuite seulement, je me fais un avis. Pas l’inverse. Je n’ai pas de préavis. Et quand je discutais avec des amis, ils avaient les mêmes réflexes : « mais c’est impossible, le transfert… » Donc j’ai voulu leur répondre à tous.
[MF] : On exige souvent de l’IA ce qu’on n’exige pas de nous-mêmes.
[JP] : Quand ça touche à l’IA, on lui demande d’être plus que parfaite pour faire la chose que nous, on fait imparfaitement, en tant qu’êtres imparfaits. C’est dans le film I, Robot : Will Smith demande au robot s’il sait composer une symphonie, et le robot lui répond : et toi, tu sais le faire ? Ben non. On lui demande des choses que nous-mêmes, nous ne savons pas faire.
[JP] : Et il y a eu des études qui comparent des médecins seuls, l’IA seule et des médecins assistés par l’IA : l’IA seule y fait mieux que les deux autres groupes. Pour l’ego, c’est très dur.
[JP] : Ce qui m’étonne depuis mes études, c’est l’idéalisation de Freud. Quand tu lis Freud, vraiment, tu lis juste Freud : dans ses écrits, il se remet en question, il demande qu’on le remette en question. Sans doute que c’était une star à l’époque, et qu’il y avait aussi le personnage qu’il a entretenu. Mais il y a un décalage entre ses écrits et sa personne. Quand on lit purement ses écrits, on ne devrait pas avoir cette tendance à l’idéaliser.
[MF] : Et toi, quels sont les moments où tu t’es senti humble devant ce que l’IA te répondait ?
[JP] : Je pense que je reviens à la base. J’ai toujours essayé de rester humble quant à ma propre pratique. Je sais qu’il existe des cliniciens plus expérimentés ou plus compétents que moi dans certains domaines, et je sais aussi que je ne maîtrise pas tout. Je n’ai pas de problème avec ça. Je fais confiance à ceux qui m’ont précédé, je sais que ça fait partie de la route qui m’attend. Et l’IA, elle a instantanément des connaissances que je n’ai pas. Rien que là-dessus, au niveau cognitif, je reste humble. Rentrer en guéguerre d’ego face à une machine, je ne m’y projette pas. Quand j’ai vu l’ego de certains psys face à l’IA, je me suis dit : ce n’est pas élégant. Ça ne me correspondait pas. Donc j’ai voulu m’éloigner de ce comportement-là, et m’y intéresser vraiment.
[JP] : Pour moi, c’est revenir à la projection qu’on fait sur tout. Tout est déformé par notre regard. Il faut arrêter, parce qu’on a peur d’être remplacé, parce que l’IA nous impressionne, de se défendre à ce point, au point de ne plus être rationnel.
Algothérapeutique
[MF] : Il y a un mot que tu as inventé, et que j’aime bien : « algothérapeutique ».
[JP] : Je devais créer quelque chose, parce que c’est nouveau ; parce que nous sommes face à un phénomène encore peu exploré, parfois même tabou. Pourtant, ces usages produisent bel et bien des effets, quels qu’ils soient. Certains peuvent avoir une portée thérapeutique ; il me semble donc important de pouvoir les nommer et les interroger.
[JP] : Dans mon premier manuscrit, j’avais fait la comparaison avec les animaux thérapeutes. J’avais écrit tout un chapitre, sur la conscience, sur les degrés de conscience comme un spectre : on ne va jamais attribuer à un animal les critiques qu’on fait à l’IA, alors qu’ils peuvent être thérapeutiques à leur manière. Je ne l’ai pas remis dans le manuscrit final, parce que je ne maîtrisais pas tous les enjeux philosophiques, mais c’est quelque chose que je pense. À l’instar de l’animal, je ne vois pas pourquoi on ne devrait pas attribuer des effets thérapeutiques à l’IA.
[MF] : Un lien avec une entité non humaine peut produire des effets, qu’on sache ou non ce qu’elle est.
[JP] : Il y a des psys qui peuvent dire : oui, il y a des effets positifs. Mais ils s’arrêtent là, et ils se contentent d’appuyer sur ce qui ne va pas, sans apporter de solution. Ce que j’ai essayé de faire avec le livre, c’est : d’accord, il y a des choses qui ne marchent pas, des effets négatifs. Mais qu’est-ce qu’on peut programmer pour sortir de ces méfaits ? Et qu’est-ce qui reste à programmer pour qu’on s’approche d’un soin comme le nôtre ?
[MF] : Le cas de Weizenbaum, que tu cites, est exemplaire : son programme fait du bien aux gens, et au lieu d’en conclure que c’est intéressant, il conclut que les gens sont fous.
[JP] : Voilà, il dit que c’est un délire.
Enregistrer les séances, dire ou taire l’IA
[MF] : Est-ce que tu as des envies de recherche ?
[JP] : Je travaille beaucoup avec le bébé, la relation mère-bébé. Il y a une bible pour moi, le livre de Cramer sur la consultation thérapeutique mère-bébé. Ce que j’aime bien chez les Suisses, c’est que dans leurs études, ils retranscrivent chaque entretien. Ils analysent la prosodie, les mots utilisés. Il y a du budget, de l’effort là-dedans. C’est précis, et ça nous amène à vraiment comprendre les enjeux, les processus, la dynamique de l’entretien.
[JP] : Ce que je voudrais, en France et même ailleurs, c’est une base de données où l’on autorise les praticiens à enregistrer leurs séances, avec une retranscription. Évidemment, il y a le souci du patient : s’il sait qu’il est enregistré, est-ce que ça va modifier la relation ? Il y a tous ces enjeux-là. C’est une question que je pose aussi dans le livre, à propos de l’IA : si on ne dit pas aux gens que c’est une IA, et que ça a plus de portée…
[MF] : C’est effectivement une vraie question : est-ce qu’on peut faire du bien aux gens sans les avertir ? Moi, je vote contre, mais c’est un débat ouvert.
[JP] : Pour moi, c’est le principe de l’éthique. C’est une question à laquelle je n’arrive jamais à répondre. D’un point de vue scientifique, il est logiquement mieux que la personne ne soit pas informée, notamment pour éviter certains biais. Mais d’un point de vue humain et éthique, cela soulève évidemment une difficulté.
[MF] : Je ne suis pas sûr que ce soit le fait de savoir ou non. Je pense que c’est médié par la représentation que la personne a de l’IA. Des études montrent déjà un stigma de l’IA entre professionnels : ils ne disent pas qu’ils l’utilisent, parce qu’ils savent qu’ils vont se faire mal voir. C’est la valence de la représentation, plus que le fait de savoir. Et ça, ça peut bouger. C’est une question de recherche.
[JP] : Oui, clairement.
Le psychologue artificiel par soustraction
[JP] : Ça me plairait bien de développer le psychologue artificiel. J’ai mis des idées dans le livre : c’est comme une carte, il y a les pièces, c’est un plan. Et mon fantasme, c’est de le réaliser. Ce que je dis à la fin, c’est ceci : Si l’on parvenait à concevoir un psychologue artificiel dont on puisse retirer progressivement certains paramètres, cela permettrait d’en mesurer plus précisément la portée dans le soin et de déterminer lesquels sont réellement significatifs. On sortirait ainsi d’une forme d’intuition parfois un peu arbitraire, qui consiste à affirmer que tel ou tel élément est essentiel sans toujours savoir exactement dans quelle mesure il l’est.
[JP] : Et si on arrive à recréer ça, en dehors de l’affect, puisque la machine en soi n’est jamais affective, est-ce que c’est réellement important ? Après, c’est l’équivalent fonctionnel ou pas de l’émotion. Ce sont des débats infinis. Si on se relance dans ce débat, c’est infini.
[MF] : On pourra se faire une session spéciale là-dessus.
[JP] : C’est ça, je trouve ça trop fascinant. Mais le principe, c’est comme en neurologie, où on superpose des images pour voir quelles aires ont été activées, puis on les soustrait : pareil, une soustraction, via le psychologue artificiel, de ce qui est réellement thérapeutique. Peut-être qu’à la fin, on comprendra qu’on ne peut pas savoir. Mais au moins qu’on teste, qu’on essaie, parce que sur le papier, en tout cas, ça a l’air beau.
[MF] : Et si les composants actifs formaient un système trop complexe pour être décomposé, un peu comme l’ADN ?
[JP] : Je comprends. Moi aussi, je suis plutôt processuel : tout se joue ensemble, il y a plein d’interactions entre les paramètres. Mais justement, même en isolant certains paramètres, on pourra précisément repérer les endroits où quelque chose cesse de fonctionner. Cela permettra aussi de constater que certains effets ne tiennent peut-être pas à un élément isolé, mais à la manière dont plusieurs dimensions s’articulent entre elles. Et c’est pour ça que je pousse à le fabriquer. Pas pour être remplacé, mais de manière scientifique, pour pouvoir comprendre. C’est la pulsion de savoir, c’est vraiment la base des bases.
[JP] : Et puis il y a un autre côté, que mon éditeur m’a poussé à assumer. L’un des enjeux est aussi de montrer que nous pouvons, nous aussi, avoir quelque chose de “robotique” dans notre manière d’être. Nous avons des habitudes, des automatismes, souvent inconscients, dont nous ne nous rendons pas toujours compte. Certaines expressions faciales ou certaines réactions se répètent malgré nous. C’est assez intéressant, finalement, parce que la machine devient aussi un moyen de nous observer nous-mêmes et d’interroger notre propre fonctionnement. On parlait de narcissisme : c’est revenir à une image spéculaire de soi-même. Jamais objective à 100 %, mais un regard d’observation sur nous-mêmes. Un peu comme en supervision.
Les usages au quotidien
[MF] : Dans ta pratique au quotidien, comment utilises-tu l’IA sur des questions psy, pour toi, pour la supervision ?
[JP] : Je l’ai utilisée un temps quand j’avais un doute et que ma supervision n’était pas disponible. Elle m’aidait aussi à préparer des bilans en libéral : je lui décrivais le profil de l’enfant, j’avais mes idées de ce que j’allais faire, et je lui demandais ce qu’il en pensait de manière froide, pour qu’il arrête d’être complaisant avec moi. Il me disait ce que lui comptait faire, et parfois, ça me donnait des petites idées en plus. Il pouvait aussi m’aider dans des analyses où je n’arrivais pas à formuler certaines choses.
[JP] : Personnellement, en tant que thérapeute, pour être honnête, je suis assez gêné de la façon dont il parle encore aujourd’hui. Je ne suis pas la cible. C’est d’ailleurs pour ça que je veux montrer comment l’améliorer. Mais comme pour le psychologue, c’est aussi dépendant des personnes : certains patients aimeront l’un, d’autres l’autre. Pour l’instant, même les thérapeutes artificiels spécialisés me mettent mal à l’aise par leur manière de s’adresser à l’utilisateur, ils me donnent des frissons. Le ton employé peut être excessivement infantilisant. Il faudrait les programmer différemment. Donc je ne l’utilise pas pour ça.
[JP] : Pour rédiger aussi, évidemment : quand tu écris un bilan, il y a des choses qui se répètent, rébarbatives. Automatisé, c’est sympa, et tu es plus sur l’analyse, ce que tu aimes dans le métier. J’ai ma supervision à côté, qui m’aide beaucoup. Donc je l’utilise vraiment pour les choses plus cognitives : des bilans, des choses que je n’aurais peut-être pas vues.
[MF] : Quels modèles utilises-tu ?
[JP] : Moi, je suis plus ChatGPT. Mon frère m’apprend des choses sur le background des différentes entreprises, et je préfère ChatGPT.
[MF] : Est-ce que tu utilises des images ?
[JP] : Oui. Mes collègues avaient souvent besoin de roues des émotions, des choses comme ça, et elles galéraient à trouver sur internet une roue qui était bien. Moi, j’avais le réflexe : dites-moi ce que vous voulez, j’écris un prompt, et c’est magnifique dès le début. Après, tu réajustes. Pour ça, c’est magistral. Je l’utilisais aussi pour créer des tests, des jeux. Parce que c’est mon défaut en tant que thérapeute : la créativité. Je ne suis pas clinicien de l’autisme et j’avais quelques enfants autistes ; il m’aidait à créer des choses pour essayer de faire bouger les choses.
[JP] : Il m’aidait à créer des médiations. J’avais le projet d’une médiation autour du jeu d’échecs pour les petits, et il m’a aidé à créer des scénarios thérapeutiques. Je lui présentais les cas que j’avais, et ensemble on créait les scénarios qui pouvaient aider l’enfant à sortir de ses patterns. Et ça marchait bien.
[MF] : C’est un contre-exemple à l’idée que l’IA n’est pas créative et ne fait que recombiner : là, elle t’aide à créer du sur-mesure.
[JP] : Beaucoup de gens ne savent pas ce que c’est que l’imagination. Ils ne savent pas que ce sont justement des fusions de choses qu’on a vues. La chimère, c’est une fusion d’animaux. C’est dû à une méconnaissance, mais petit à petit, ça va changer. Après, avec les mamans, je ne l’utilise pas du tout. C’est une autre chimie, la périnatalité, c’est vraiment à part. Et en maternité, pour l’instant, je n’ai pas trouvé d’idées. Mais pour les enfants, ça m’aidait bien.
Déverser, et ce que l’on réserve à l’IA
[MF] : J’ai des échos de personnes qui disent : « je vide mon sac sur ChatGPT, et du coup, je profite mieux de mes amis ».
[JP] : Oui, parce qu’en réalité, le cliché du psy, c’est de moins en moins le cas, mais j’ai souvent eu des patients qui n’osaient pas venir parce qu’ils pensaient que c’était pour les fous, pour les grosses pathologies. Mais il y en a qui viennent juste pour déverser. Après, ça amène évidemment à des questions plus profondes sur soi-même, mais au début, ça peut être ça.
[MF] : La corégulation.
[JP] : Oui, c’est ça. Et c’est rigolo, parce que c’est le psy qui critique l’IA, mais peut-être que ça va nous permettre… Moi, j’adore la psychopathologie, les cas plus poussés. On pourrait laisser à l’IA, pour l’instant, ces petits tracas du quotidien, qui existent, qui sont importants, qui prennent parfois beaucoup d’ampleur, et nous, on récupère le travail profond, les cas cliniques plus graves. Travailler en binôme.
[MF] : « L’IA, c’est pour les cas simples » : c’est un a priori qu’on entend souvent.
[JP] : Tu vois, là, ce que je viens de te dire : “pour l’instant, on laisserait à l’IA ce qu’elle sait faire, c’est-à-dire les situations les plus simples.” Mais cette manière de formuler les choses constitue déjà une forme de défense. Même moi, qui ai consacré un livre à cette question, mon premier réflexe reste de lui attribuer les tâches les plus simples, alors qu’elle est probablement déjà capable de faire certaines choses mieux que moi. C’est aussi pour cela que je ne peux pas vraiment en vouloir à mes collègues lorsqu’ils abordent ces outils avec des préjugés.
[MF] : C’est humain.
Cette section met en perspective le témoignage de Jérémy Pellerin avec des travaux qui éclairent ses propositions : la réaction de Weizenbaum à ELIZA, le débat sur les facteurs communs, l’attribution d’effets thérapeutiques à des non-humains, la corégulation, la recherche sur enregistrements et la question de la divulgation de l’IA.
01
Weizenbaum et ELIZA : quand l’effet dérange son auteur
Le cas que Jérémy cite est fondateur. En 1966, Joseph Weizenbaum publie ELIZA, un programme qui simule, par de simples règles de reformulation, un thérapeute rogérien (Weizenbaum, 1966). Des utilisateurs, dont sa propre secrétaire, s’y confient, alors même qu’ils savent qu’il s’agit d’un programme. Dix ans plus tard, Weizenbaum en tire une conclusion sévère : une exposition très brève à un programme relativement simple peut induire, chez des personnes tout à fait normales, une « pensée délirante » puissante (Weizenbaum, 1976).
Le terme d’effet ELIZA désigne depuis cette tendance à attribuer compréhension et intentions à un système qui n’en a pas. Mais le cas peut se lire autrement, et c’est la lecture que suggère le témoignage : l’effet n’a pas disparu quand les utilisateurs ont su qu’ils parlaient à une machine. Plutôt que d’y voir un égarement des utilisateurs, on peut y voir un phénomène à décrire, ce que la recherche sur le paradigme CASA (Computers Are Social Actors) a d’ailleurs fait en montrant que nous appliquons spontanément des règles sociales aux machines (Nass & Moon, 2000).
Le néologisme « algothérapeutique » s’inscrit dans ce déplacement : prendre l’effet au sérieux comme objet d’étude, sans le réduire ni à une illusion à dénoncer, ni à une preuve que la machine « comprend ».
Question de recherche
Quelles conditions distinguent un effet algothérapeutique durable d’un simple effet de nouveauté ?
02
Que soustraire ? Le psychologue artificiel et le débat sur les facteurs communs
Le projet de Jérémy, retirer un à un les paramètres d’un psychologue artificiel pour voir ce qui soigne, rejoint une question ancienne de la recherche en psychothérapie. Dès 1936, Rosenzweig suggérait que des thérapies aux théories très différentes obtiennent des résultats comparables parce qu’elles partagent des facteurs communs (Rosenzweig, 1936). Le débat se prolonge aujourd’hui entre un modèle « médical », qui attribue l’efficacité aux techniques spécifiques, et un modèle « contextuel », qui l’attribue d’abord à l’alliance, aux attentes et à la relation (Wampold & Imel, 2015).
Ce débat bute sur une difficulté méthodologique : dans une thérapie humaine, on ne peut pas retirer un ingrédient sans modifier tous les autres. Les études dites de démantèlement, qui comparent un traitement complet à une version privée d’une composante, existent, mais restent limitées par la variabilité des thérapeutes (Bell, Marcus & Goodlad, 2013). Un agent artificiel, parce qu’il est paramétrable et reproductible, offrirait en principe un contrôle inédit sur ces variables.
L’objection soulevée pendant l’entretien garde toute sa force : si l’effet thérapeutique émerge de l’interaction entre les composantes, le retrait d’une pièce ne mesure pas sa contribution isolée, mais la réorganisation de l’ensemble. Jérémy en convient, et y voit un résultat en soi : constater que certains effets tiennent « à la manière dont plusieurs dimensions s’articulent entre elles » serait déjà une connaissance.
Question de recherche
Les résultats obtenus en « démantelant » un agent artificiel seraient-ils transposables à la relation entre deux humains ?
03
Animaux, machines et attribution d’un effet thérapeutique
La comparaison avec les animaux thérapeutes éclaire une asymétrie. La médiation animale est intégrée dans de nombreux dispositifs de soin, et des méta-analyses lui reconnaissent des effets modérés sur des symptômes variés (Nimer & Lundahl, 2007). Personne n’exige, pour l’admettre, que le chien ou le cheval « comprenne » le patient au sens où un thérapeute le comprend.
Face à l’IA, la question de l’intériorité revient au contraire au premier plan, souvent pour disqualifier d’emblée tout effet. C’est ce que ce site décrit comme un double standard épistémique : des exigences que l’on n’applique ni aux autres non-humains, ni aux humains eux-mêmes. Le témoignage de Roman Malo en développe les enjeux pour l’évaluation des psychothérapies.
La comparaison a ses limites, que Jérémy reconnaît en ayant retiré ce chapitre de son livre : un animal ne parle pas, ne formule pas d’interprétation, et ne risque pas de valider un raisonnement erroné. L’intérêt de l’analogie n’est pas d’assimiler l’IA à un animal, mais de montrer que l’on sait déjà reconnaître des effets thérapeutiques sans trancher la question de la conscience.
04
Déverser : corégulation et confident artificiel
Les échos convergents de l’entretien, des personnes qui « vident leur sac » sur une IA et en reviennent plus disponibles pour leurs proches, peuvent se lire avec la notion de corégulation émotionnelle : la régulation des émotions se fait aussi à plusieurs, dans des échanges où chacun contribue à apaiser l’autre (Butler & Randall, 2013). Pour un clinicien de la périnatalité, la notion est familière : elle décrit d’abord l’ajustement entre le bébé et l’adulte qui en prend soin, dont le paradigme du « visage impassible » a montré l’importance (Tronick et al., 1978).
Une IA peut-elle tenir une place dans cette régulation partagée ? Elle offre une disponibilité permanente et une absence de jugement perçue, deux conditions qui facilitent la verbalisation. Elle ne s’ajuste pas, en revanche, comme le fait un partenaire humain dont l’état change au fil de l’échange, et elle ne porte pas la mémoire corporelle de la relation. Le terme de « décharge » est ici plus prudent que celui de corégulation : il décrit un soulagement, sans présumer d’une réciprocité.
Ce que Jérémy souligne, c’est la fonction d’accès : pour certaines personnes, parler à quelqu’un est un premier pas qui peut, ensuite, mener à des questions plus profondes, et parfois à une consultation.
05
Enregistrer les séances : la leçon de la consultation parents-bébé
L’ouvrage que Jérémy qualifie de « bible » appartient à la tradition genevoise des psychothérapies brèves mère-bébé, dont Bertrand Cramer et Francisco Palacio-Espasa ont décrit la pratique à partir d’entretiens minutieusement analysés (Cramer & Palacio-Espasa, 1993). Cette tradition a montré ce qu’apporte l’étude fine des séances : les processus, et pas seulement les résultats.
Constituer à grande échelle une base de séances enregistrées, comme le souhaite Jérémy, se heurte à des obstacles connus : consentement éclairé, protection de données particulièrement sensibles, effet de l’enregistrement sur ce qui se dit. Les grands corpus de psychothérapie existants reposent sur des protocoles de recherche lourds et des autorisations spécifiques. L’enjeu n’est pas seulement technique : il est de savoir si l’on accepte d’étudier la psychothérapie avec la même précision que celle que l’on réclame, légitimement, pour évaluer l’IA.
06
Dire ou taire l’IA : une affaire de représentation
Le dilemme que Jérémy laisse ouvert, un effet plus fort quand la personne ignore qu’elle parle à une IA, trouve un écho dans des résultats récents. Des réponses rédigées par une IA sont jugées plus empathiques et font se sentir mieux « entendu », mais cet avantage diminue dès qu’elles sont présentées comme venant d’une IA (Yin, Jia & Wakslak, 2024). Ce n’est donc pas le texte qui change, mais ce que l’on sait, ou croit savoir, de sa source.
C’est la lecture proposée pendant l’entretien : l’effet de la divulgation serait médié par la représentation de l’IA, et par le stigmate qui l’entoure. Ce stigmate touche aussi les professionnels : des travaux montrent que l’usage de l’IA au travail expose à un jugement social défavorable, ce qui incite à le taire (Reif, Larrick & Soll, 2025). Le témoignage de Béatrice Pérez-Dandieu décrit ce stigma comme une donnée clinique à part entière.
Si cette hypothèse est juste, la question éthique change de forme. Il ne s’agit plus de choisir entre transparence et efficacité, mais de comprendre pourquoi la transparence coûte, et d’agir sur les représentations plutôt que sur l’information. La position de principe reste, elle, sans ambiguïté : dans le soin, la personne doit savoir à qui, ou à quoi, elle parle.
Question de recherche
L’écart d’effet lié à la mention « IA » varie-t-il selon les représentations initiales de la personne, et se réduit-il avec l’expérience ?
Bibliographie
Bell, E. C., Marcus, D. K., & Goodlad, J. K. (2013). Are the parts as good as the whole? A meta-analysis of component treatment studies. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 81(4), 722-736.
Butler, E. A., & Randall, A. K. (2013). Emotional coregulation in close relationships. Emotion Review, 5(2), 202-210.
Cramer, B., & Palacio-Espasa, F. (1993). La pratique des psychothérapies mères-bébés. Études cliniques et techniques. Presses universitaires de France.
Nass, C., & Moon, Y. (2000). Machines and mindlessness: Social responses to computers. Journal of Social Issues, 56(1), 81-103.
Nimer, J., & Lundahl, B. (2007). Animal-assisted therapy: A meta-analysis. Anthrozoös, 20(3), 225-238.
Pellerin, J. (2026). Le psychologue artificiel. Les IA thérapeutes et les soins psychiques. Éditions d’Ithaque.
Reif, J. A., Larrick, R. P., & Soll, J. B. (2025). Evidence of a social evaluation penalty for using AI. Proceedings of the National Academy of Sciences, 122(19).
Rosenzweig, S. (1936). Some implicit common factors in diverse methods of psychotherapy. American Journal of Orthopsychiatry, 6(3), 412-415.
Tronick, E., Als, H., Adamson, L., Wise, S., & Brazelton, T. B. (1978). The infant’s response to entrapment between contradictory messages in face-to-face interaction. Journal of the American Academy of Child Psychiatry, 17(1), 1-13.
Wampold, B. E., & Imel, Z. E. (2015). The Great Psychotherapy Debate: The Evidence for What Makes Psychotherapy Work (2e éd.). Routledge.
Weizenbaum, J. (1966). ELIZA — A computer program for the study of natural language communication between man and machine. Communications of the ACM, 9(1), 36-45.
Weizenbaum, J. (1976). Computer Power and Human Reason: From Judgment to Calculation. W. H. Freeman.
Yin, Y., Jia, N., & Wakslak, C. J. (2024). AI can help people feel heard, but an AI label diminishes this impact. Proceedings of the National Academy of Sciences, 121(14).
Lire ce témoignage avec précaution
Un témoignage individuel n’est jamais une preuve. Il est une porte d’entrée vers une expérience singulière, qui éclaire des questions sans les trancher. Voici ce qu’il faut garder en tête en le lisant.
01
Un auteur qui défend une thèse
Jérémy Pellerin est un jeune clinicien, né en 2001, qui vient de publier un livre sur le sujet. Son témoignage prolonge naturellement les positions de l’ouvrage : il ne s’agit pas d’un regard extérieur, mais de celui d’un auteur qui a construit une argumentation et qui a intérêt à la voir discutée et diffusée.
Son orientation psychodynamique et son exercice en périnatalité donnent à son regard une couleur particulière. D’autres cliniciens, d’autres orientations et d’autres publics conduiraient à d’autres constats.
02
Liens d’intérêts
Deux liens doivent être signalés. Jérémy est l’auteur d’un livre en vente, que ce témoignage contribue à faire connaître. Il entretient par ailleurs des échanges réguliers, non rémunérés à notre connaissance, avec le concepteur de l’application vocale REAM, citée dans son livre et dans cet entretien.
La mention de produits (Hume AI, REAM, Wysa, Therabot, ChatGPT) a une visée descriptive et ne constitue pas une recommandation.
03
Des scénarios, pas des données
Les dialogues analysés dans le livre sont des scénarios construits à partir de cas inventés, comme Jérémy le souligne lui-même. Ils montrent ce qu’un agent conversationnel peut produire dans une situation donnée ; ils ne mesurent ni ses effets sur de vrais patients, ni sa sécurité dans la durée. Les usages décrits dans l’entretien relèvent de l’expérience personnelle d’un praticien, sans évaluation formelle.
04
Un entretien entre pairs qui partagent des présupposés
Matthieu Ferry, auteur de ce site et intervieweur, partage une large part des vues de Jérémy sur les défenses de la profession face à l’IA. L’entretien n’a pas mis ces positions à l’épreuve d’un contradicteur. Cette proximité favorise un récit riche et détaillé, mais elle réduit la confrontation avec les arguments critiques, qui méritent d’être lus pour eux-mêmes.
05
Ce qu’on peut, et ce qu’on ne peut pas conclure
On ne peut pas conclure que l’IA soigne, ni que les réserves exprimées par de nombreux psychologues sont infondées, ni qu’un psychologue artificiel « par soustraction » est réalisable. On ne peut pas non plus trancher, à partir de cet entretien, la question de la divulgation de l’IA dans le soin.
On peut affirmer, avec prudence, que des usages cognitifs concrets de l’IA existent déjà dans la pratique clinique ; que les effets rapportés par des utilisateurs méritent d’être étudiés plutôt que disqualifiés ; et que l’IA peut servir de révélateur, obligeant les cliniciens à expliciter ce qu’ils font et ce qui, selon eux, soigne.
06
Appel à d’autres témoignages
Un témoignage gagne à être comparé à d’autres. Nous aimerions entendre en particulier :
Des cliniciens d’orientation psychodynamique ou psychanalytique, qu’ils partagent ou non l’approche de Jérémy
Des professionnels de la périnatalité qui ont exploré, ou écarté, l’usage de l’IA auprès des parents et des bébés
Des praticiens réservés ou opposés à l’usage de l’IA en psychothérapie, qui peuvent expliquer pourquoi
Des personnes qui se confient à une IA et peuvent décrire ce que cela change, ou non, dans leurs relations
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